Le Moyen-Orient n'est pas le théâtre d'un seul conflit, mais d'un enchevêtrement de tensions aux racines anciennes : des frontières héritées du démembrement de l'Empire ottoman, le conflit israélo-arabe, le poids des hydrocarbures et des détroits, et des rivalités entre puissances régionales et mondiales.
L'héritage des frontières coloniales
Une partie des tensions actuelles plonge ses racines dans la Première Guerre mondiale. En 1916, la France et le Royaume-Uni signent en secret les accords Sykes-Picot, qui prévoient de se partager le Proche-Orient en zones d'influence à la chute de l'Empire ottoman, en rupture avec les promesses d'indépendance faites aux Arabes. Entérinées à la conférence de San Remo (1920) sous forme de mandats de la Société des Nations, ces décisions dessinent des États (Irak, Syrie, Liban, Jordanie) dont les frontières sont souvent contestées. L'historien Henry Laurens nuance toutefois la "légende noire" de Sykes-Picot : les frontières actuelles résultent d'une série de tractations jusque dans les années 1920.
Le conflit israélo-arabe
Autre ligne de fracture majeure : le conflit né de la création de l'État d'Israël en 1948, après le plan de partage de l'ONU de 1947, et des guerres israélo-arabes successives (1948, 1967, 1973). La question des réfugiés palestiniens, du statut de Jérusalem et des territoires occupés depuis 1967 reste au cœur des tensions régionales.
Ce volet est détaillé dans notre dossier dédié : conflit israélo-palestinien, origines et enjeux.
Pétrole et points de passage
Le Moyen-Orient concentre une part majeure des réserves mondiales d'hydrocarbures et plusieurs détroits stratégiques : Ormuz (sortie du golfe Persique), Bab-el-Mandeb (mer Rouge) et le canal de Suez. Le contrôle de ces routes énergétiques et commerciales attise les rivalités et explique l'implication durable de puissances extérieures.
Rivalités régionales et puissances extérieures
À ces facteurs s'ajoutent des rivalités entre puissances régionales pour le leadership, des fractures politiques et confessionnelles, et l'ingérence répétée de puissances extérieures depuis plus d'un siècle. C'est la combinaison de ces dynamiques, plus qu'une cause unique, qui fait du Moyen-Orient un foyer récurrent de conflits.
Le partage de 1916 en cinq zones
Les accords Sykes-Picot répartissaient le Proche-Orient en cinq zones, entérinées ensuite sous forme de mandats à la conférence de San Remo (1920) :
| Zone | Puissance | Territoires (approximatifs) |
|---|---|---|
| Bleue (administration directe) | France | Liban actuel et Cilicie |
| A (influence) | France | Nord de la Syrie actuelle et région de Mossoul |
| Rouge (administration directe) | Royaume-Uni | Koweït actuel et Mésopotamie (Irak sans Mossoul) |
| B (influence) | Royaume-Uni | Sud de la Syrie, Jordanie actuelle, future Palestine mandataire |
| Brune (administration internationale) | International | Saint-Jean-d'Acre, Haïfa, Jérusalem |
Comment s'y retrouver
Pour les repères géographiques, voyez la carte du Moyen-Orient et la distinction entre Proche et Moyen-Orient. Pour la méthode d'analyse, lisez qu'est-ce que la géopolitique ?
À suivre sur ce sujet
Dans notre annuaire : Frédéric Encel, spécialiste des rapports de force au Moyen-Orient, et Thomas Gomart, directeur de l'Ifri, dont L'Accélération de l'histoire analyse notamment le nœud du détroit d'Ormuz.
FAQ Questions fréquentes
Pourquoi y a-t-il autant de conflits au Moyen-Orient ?
Qu’est-ce que les accords Sykes-Picot ?
Quel rôle joue le pétrole ?
SRC Sources
- Accords Sykes-Picot, Wikipédia (d’après H. Laurens, P. Blanc, J. Maïla).
- Henry Laurens, Comment l’Empire ottoman fut dépecé, Le Monde diplomatique, 2003.
- Histoire de la question de Palestine, Nations Unies (UNISPAL), 2024.
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